9 Theory & Torii Wolf – Soft Realms

Gravitas Recordings – 2025

🌃 Groove nocturne

Il existe des rencontres qui ne cherchent pas à faire du bruit, qui préfèrent murmurer dans la pénombre des bars enfumés, là où les visages se perdent dans les volutes et où le temps ralentit jusqu’à presque s’arrêter. Soft Realms ressemble à l’enfant indie que Radiohead et Portishead auraient eu en 2025 — une descendance qui hérite du trip-hop de Bristol, de ses basses profondes et de ses atmosphères nocturnes, mais qui les transpose dans une électronique contemporaine plus aérienne, plus onirique.

Torii Wolf se spécialise dans la transposition du trip-hop cérébral des années 90 et du rock alternatif — pionnier de groupes comme Portishead, Massive Attack et Radiohead — vers le 21e siècle. Leur voix, qu’on a appelé une « trompette spirituelle », flotte comme une présence spectrale au-dessus des productions de 9 Theory. Cette collaboration entre les deux artistes de Los Angeles, amis de longue date, donne naissance à quatre morceaux originaux auxquels s’ajoutent une série de remixes qui prolongent le voyage.

« Evaporate » ouvre l’EP et capture parfaitement cette ambiance sombre et cool que les deux artistes recherchaient. Le morceau contient un enregistrement de terrain hypnotique — 9 Theory marchant sur un pont de bambou grinçant au-dessus d’un étang dans un temple de Chiang Mai pendant sa lune de miel en Thaïlande. Ces textures organiques se mêlent aux accords envoûtants, créant une nappe brumeuse où la voix de Torii Wolf surgit comme une sirène appelant depuis une autre dimension. En featuring, on retrouve xii, dont la présence ajoute une couche supplémentaire de mystère.

« It Could Happen » remplit l’air de luxuriants accords de piano et de guitare, maintenant un groove downtempo profond tout en se concentrant sur la magnifique voix de Torii. C’est le morceau le plus mélancolique de l’ensemble, celui qui évoque le plus directement l’héritage du trip-hop — on pense aux nuits urbaines feutrées, aux rues mouillées qui reflètent les néons, à cette solitude douce qu’on cultive parfois volontairement.

« Static » joue sur les contrastes. Le morceau commence avec l’idée de créer une texture de bruit intense et crasseuse, puis tout s’est mis en place naturellement. Les sections rêveuses et profondes contrastent avec des moments culminants édifiants, créant cette tension délicieuse entre l’ombre et la lumière, entre le repli sur soi et l’ouverture soudaine vers quelque chose de plus grand.

Le morceau-titre « Soft Realms » remplit le paysage sonore de mélodies flottantes et d’une mélodie profonde de 808, augmentant l’énergie en alternant entre un groove de batterie downtempo et breakbeat — un parfait résumé des sonorités de l’EP entier.

Les progressions d’accords et l’interaction intentionnelle entre dissonance et résolution harmonique déterrent des émotions fluides enfouies sous des années de durcissement et de cristallisation. La nostalgie sature ce corps de travail, mais ce n’est jamais une nostalgie paralysante — plutôt une invitation à revisiter des espaces émotionnels qu’on croyait fermés.

Quand l’écouter ?

Soft Realms appartient aux heures tardives. Pas forcément la nuit profonde, mais plutôt ce moment où le jour bascule vers l’obscurité, quand les lampadaires s’allument un à un et que la ville change de visage. C’est un disque pour les trajets de fin de soirée, quand tu rentres chez toi et que tu as besoin de prolonger encore un peu l’atmosphère de la nuit.

Idéal dans un casque, les yeux mi-clos, installé dans un canapé usé ou dans le coin d’un bar qui se vide lentement. L’EP fonctionne aussi merveilleusement bien en fond sonore pour des moments d’introspection créative — pour écrire, dessiner, ou simplement laisser ton esprit vagabonder. C’est une musique qui transcende le temps et l’espace, qui crée un espace sûr où tu peux simplement ressentir sans avoir à nommer ce que tu ressens.

Si tu cherches quelque chose pour accompagner les dimanches pluvieux d’automne, les promenades nocturnes sous la bruine, ou ces moments où tu as besoin de beauté sans optimisme forcé, Soft Realms t’attend là, patient, velours sonore tendu dans la pénombre.

Pour ceux qui cherchent refuge dans les bars qui se vident,

là où les voix brumeuses se mêlent à la fumée et où le trip-hop de Bristol rencontre les néons de Los Angeles.

Pour les fans de: Beach House, Slowdive, Cocteau Twins, Mazzy Star, Grouper, Cigarettes After Sex, Spiritualized, Low, Blonde Redhead

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