Bandler Ching - Mercurial

Forced Exposure / SDBAN Ultra – 2025

🎷 Jazz soyeux

Il existe un endroit à Bruxelles — Volta, épicentre d’une nouvelle génération d’artistes belges — où le jazz refuse de rester sage, où les genres se télescopent dans une collision contrôlée. C’est de là qu’émerge Bandler Ching, trio bruxellois faisant un retour audacieux depuis la scène musicale vibrante de Bruxelles. Deux ans après leur premier album Coaxial, le saxophoniste et compositeur Ambroos De Schepper, le bassiste Federico Pecoraro et le batteur Olivier Penu reviennent avec Mercurial — un titre qui ne ment pas.

Sur Mercurial, le groupe navigue aux frontières de l’industrial trap, tout en pliant et poussant expertement les possibilités de leurs instruments. Le saxophone d’Ambroos De Schepper transcende son rôle traditionnel encore davantage, devenant une entité dynamique et métamorphe capable d’évoquer des mélodies hantées un instant et des harmonies d’un autre monde le suivant. Ce n’est plus un saxophone de jazz — c’est un synthétiseur organique, un générateur de textures qui respire et crache.

La basse de Federico Pecoraro se transforme en nappes ambient éthérées qui dérivent à travers le mix comme de la vapeur, ajoutant de la profondeur. Les lignes de basse ne se contentent pas de soutenir — elles flottent, plongent, se tordent en vrilles acides. Pendant ce temps, la batterie d’Olivier Penu forme la colonne vertébrale rythmique, posant des grooves éclectiques qui défient les contraintes de tout genre unique, fusionnant de manière transparente du trap à l’électronique, du hip-hop et au-delà.

« P’tit Île » ouvre l’album. Des nappes apaisantes de synthé s’associent à des percussions électroniques détaillées avant que la batterie jazzy live n’entre dans le mix  — c’est cette collision entre l’organique et l’électronique qui définit Mercurial. Un groove qui te fait bouger la tête sans que tu t’en rendes compte.

« Mochi » sert une basse bancale et acidulée avec un groove de batterie régulier et des synthés rêveurs avant qu’une des performances de saxophone les plus accrocheuses de l’album n’arrive vers la fin du morceau. C’est le moment où tu réalises que ce trio ne joue pas selon les règles — ils les réécrivent en temps réel.

« Epoustouflant » — époustouflant, en effet. Couche après couche vers un délicieux climax que tu veux immédiatement ressentir grandir en live. C’est l’un des morceaux les plus imposants de l’album, où l’atmosphère industrielle rencontre le groove dansant sans jamais sacrifier l’un pour l’autre.

Les deux interludes « snap #1 » et « snap #2 » fonctionnent comme des respirations — brèves, percutantes, le beat hip-hop de Penu pousse délicieusement. Ce sont des moments où le trio montre qu’ils maîtrisent autant l’espace que le son.

« Long Last Love » est un moment fort parmi tant d’autres, avec sa fusion d’instrumentation jazz live expressive et de touches électroniques traitées. C’est là que l’ADN du jazz transparaît le plus clairement — mais un jazz qui a été démonté, reprogrammé, reconstruit pour le dancefloor.

Connus pour leur capacité à mélanger des genres disparates et à expérimenter avec les textures, Bandler Ching forge un nouveau langage instrumental, qui se sent affranchi des conventions et libre de toute classification. Ce n’est pas une expérience de croisement de genres — mais un mouvement audacieux vers un nouveau genre instrumental à l’ère numérique.

Mercurial est une écoute intoxicante, étourdissante et parfois désorientante — de la meilleure façon possible. Son atmosphère est à la fois réflexive et terre-à-terre, et les compositions sont facilement différenciées malgré leur relative brièveté. Non seulement c’est un plaisir à écouter, mais cet album est rythmiquement complexe, mais pas d’une manière exaspérante ou difficile à traiter.

Quand l’écouter ?

Mercurial appartient à la nuit urbaine — mais pas celle des petites heures silencieuses. Non, cet album réclame les rues éclairées au néon, les entrepôts reconvertis, les clubs souterrains où l’on va danser jusqu’à ce que le corps ne soit plus qu’un instrument rythmique parmi d’autres.

Idéal au casque dans le métro en fin de soirée, quand la ville vibre encore d’énergie résiduelle. Parfait pour les sessions de travail créatif où tu as besoin de quelque chose qui stimule sans distraire. Essentiel pour les soirées entre amis où la musique doit faire bouger les corps sans tomber dans la facilité commerciale.

C’est aussi un album qui fonctionne merveilleusement bien en fond sonore pour les trajets nocturnes en voiture — les lumières de la ville qui défilent, le groove qui pulse sous le bitume. Pour ceux qui comprennent que le jazz n’est pas mort, il a juste migré vers les clubs et les zones industrielles. Pour ceux qui dansent avec leur tête autant qu’avec leur corps.

Pour ceux qui cherchent le groove dans les friches industrielles de Bruxelles.

Pour ceux qui savent que le saxophone peut rugir comme une machine et que la basse peut flotter comme un fantôme électronique.

Pour les fans de: Aphex Twin, Flying Lotus, Thundercat, Dijf Sanders

Retour en haut