Aukai - Aukai

Aukai Music / Spirit Voyage Music – 2016

🌄 Échos matinaux

Aukai — « voyageur » en hawaïen. Un nom qui porte en lui l’idée du mouvement, mais d’un mouvement lent, contemplatif, celui qui laisse des traces légères sur le sable. Markus Sieber, multi-instrumentiste allemand installé à Berlin, a créé cet album comme une collection de paysages sonores acoustiques ambient parsemés de touches électroniques subtiles, enregistré avec Martyn Heyne au Lichte Studio — le même ingénieur qui a travaillé avec Nils Frahm et Peter Broderick.

Au cœur de tout, il y a le ronroco, un instrument à cordes andin similaire à la mandoline, dont les notes résonnent comme des gouttes de lumière sur l’eau. Imaginez Gustavo Santaolalla gambadant dans un paysage de Ludovico Einaudi tout en s’asseyant sur les Champs-Élysées avec le Penguin Café Orchestra — c’est cet univers que Sieber explore, accompagné d’Anne Müller au violoncelle, Bogdan Djukic au violon, Angelika Baumbach au piano et à la harpe, et Jamshied Sharifi aux claviers.

« Last Day » ouvre l’album dans la contemplation et la mélancolie. Écrit lors d’un incident triste — un ami disparu en randonnée dans les montagnes du Mexique, retrouvé après trois jours au pied d’une falaise — le morceau décrit un processus intérieur : la première partie contemplative, dans une humeur d’attente, tandis que la seconde partie libère la tension. C’est cette capacité à capturer l’émotion sans mots qui définit Aukai.

« Colors of Dawn » porte bien son nom. Il contemple l’aube. Le jeu de couleurs qui s’élève et disparaît dans le ciel du petit matin. Un sentiment de fragilité mêlé de clarté et de destinée. La mélodie du ronroco résonne dans l’espace, fusionnant avec les glissandos des sustains du clavier de Jamshied Sharifi. C’est la luminosité capturée en notes — pas l’éclat aveuglant du midi, mais cette lumière douce et hésitante qui précède le jour.

« Agua Azul » — eau bleue. Sieber déploie un arpège ascendant drapé d’influences espagnoles à la guitare acoustique contre le violoncelle plaintif d’Anne Müller, les accents de violon tranchants de Bogdan Djukic et la mélodie de piano discrètement dramatique de Baumbach. C’est léger dans ses dessins mélodiques mais sombre dans son courant sous-jacent. Des fondations frénétiques menacent de basculer dans le vide à tout moment mais ne le font jamais.

Ce qui fait voler Aukai, ce n’est pas seulement la virtuosité musicale à l’œuvre — bien qu’on assiste à une masterclass de divers styles de jeu de guitare et de cordes atmosphériques — mais aussi les espaces que Sieber place dans les structures des morceaux. C’est un ambient acoustique qui respire, qui laisse entrer le silence comme un élément à part entière.

« Cachoeira » — cascade en portugais — va le plus loin dans une direction électronique sur l’album, fusionnant les couches acoustiques et naturelles du ronroco avec Fender Rhodes, synthétiseur et beats. Mais même ici, tout reste délicat, jamais envahissant. Il y a une légèreté de toucher, une délicatesse fragile dans beaucoup des morceaux d’Aukai.

« Hidden », « Snow », « Feather » — les titres eux-mêmes évoquent la discrétion, l’évanescence. Malgré son titre, « Feather » est une rumination sombre jouée subtilement sur plusieurs claviers par Sharifi : piano, orgue Wurlitzer et piano électrique Rhodes. Il y a quelque chose de jazzy dans ces textures superposées, dans cette façon de laisser les notes flotter sans résolution immédiate.

Bien que la musique soit pour la plupart assez simple, parfois l’approche la plus simple peut être la meilleure, et cela sonne particulièrement vrai avec Aukai. Pensez à ce disque comme un regard en arrière plus consciemment mélodique sur les albums ambient de Brian Eno. Ses charmes discrets s’additionnent en quelque chose de trompement substantiel.

Quand l’écouter ?

Tôt le matin, aux premières lueurs. Aukai appartient à ces moments où le monde n’est pas encore réveillé, où tout est possible mais où rien n’est encore décidé. C’est un album pour accompagner le café qui refroidit pendant que tu regardes le ciel changer de couleur, pour ces matins où tu as besoin de beauté sans urgence.

Idéal avec une tasse de thé vert, dans le silence d’une chambre baignée de lumière matinale. Les atmosphères sont magnifiquement enregistrées. Les espaces sont profonds, l’écho artistiquement disposé. Parfait pour le yoga, la méditation, ou simplement pour ces moments où tu as besoin que la musique t’enveloppe sans te distraire. Pour les dimanches lents, les lectures contemplatives, les moments de création douce.

Le sentiment général qui se dégage de l’album est celui d’une bataille émotionnelle entre l’agitation et la sérénité (un peu comme on le ressent en voyage), aucun des deux côtés ne dominant l’autre Louder. C’est cette tension non résolue qui rend l’album si captivant, si propice à la rêverie.

Pour ceux qui cherchent le calme sans la passivité. Pour ceux qui comprennent que la lumière du matin porte en elle toutes les promesses du jour à venir. Pour ceux qui voyagent en restant immobiles.

Pour ceux qui contemplent l’aube et voient dans chaque couleur une note de musique.

Pour ceux qui savent que le voyage le plus profond commence au moment où le monde se réveille.

Pour les fans de: Ólafur Arnalds, Nils Frahm, Message To Bears, Niklas Paschburg

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