Racines & Fondateurs
Tout son vient de quelque part. Un accord de guitare, une voix, une manière de produire : chaque morceau porte les traces de ceux qui l’ont précédé.
Ici aboutissent les fils. Chaque Remonter le fil part d’un morceau d’aujourd’hui et remonte, lien après lien, jusqu’à ses sources. Ces disques ne sont pas des classiques que l’on vénère — ce sont des origines que l’on réentend.
Les fils
D’où vient et où va « Seven Days of Falling » d’Esbjörn Svensson Trio
De Keith Jarrett à la pédale de distorsion de Dan Berglund, puis jusqu’à l’orchestre : le fil de Seven Days of Falling, en amont comme en aval.
D’où vient et où va « What You Did » de Mahalia
Une chanson soul de 1976, un tube new-yorkais de 2002, l’élégance d’une icône du R&B — et deux Anglaises qui en font leur histoire.
D’où vient et où va « Hang On to Your Love » de Sade
Une pédale wah-wah venue de chez Marvin Gaye, un groupe de funk latin, des disques de soul écoutés en studio — et, douze ans plus tard, un jeune New-Yorkais : le fil de Hang On to Your Love.
D’où vient et où va « Diya Hai » d’Arooj Aftab
Un poème de Delhi écrit en 1853, une idole du chant soufi, une grande voix du jazz et une guitare brésilienne : le fil de Diya Hai, en amont comme en aval.
D’où vient et où va « Archangel » de Burial
Une voix de R&B américain transformée à Londres, puis reprise à Barcelone : le fil d’Archangel, en amont comme en aval.
D’où vient et où va « On the Nature of Daylight » de Max Richter
Un thème qui revient, une basse qui revient, un morceau qui revient de film en film : le fil d’On the Nature of Daylight, en amont comme en aval.
Les racines
Les disques d’où partent les fils. Chacun mène aux morceaux qui lui doivent quelque chose.
Années 1960
Abbey Lincoln
Une voix grave, sans ornement, entourée de Max Roach, Coleman Hawkins et Eric Dolphy. Une des chanteuses dont Arooj Aftab dit avoir usé les disques « jusqu’à la corde ».
Fil → Arooj Aftab, Diya Hai (2021)Années 1970
Keith Jarrett
Le premier disque de piano seul de Keith Jarrett, enregistré à Oslo. Un piano qui chante, des mélodies limpides jouées avec retenue. Une influence de jeunesse d’Esbjörn Svensson, que la critique retrouve dans le jeu d’e.s.t.
Fil → e.s.t., Seven Days of Falling (2003)
Marvin Gaye
La bande originale d’un film policier, presque entièrement instrumentale : une soul nocturne, cuivrée, retenue. Écoutée par le groupe pendant les séances de Diamond Life.
Fil → Sade, Hang On to Your Love (1984)
James Brown
Un double album de funk tendu, sec, obstiné — plus de soixante-dix minutes de grooves qui refusent de se résoudre. Une figure de basse et de charleston, un accord de guitare wah-wah qui revient sans relâche. Vingt ans plus tard, Bristol en fera une nappe de velours.
Fil → Massive Attack, Protection (1994)
Rose Royce
La bande originale d’un film, écrite et produite par Norman Whitfield : une soul orchestrale et funky. « I’m Going Down » y deviendra, vingt-six ans plus tard, le sample de « Oh Boy ».
Fil → Mahalia, What You Did (2019)Années 1980
Tracey Thorn
Le premier album solo, avant Everything But The Girl. Enregistré pour presque rien, une voix et des guitares, rien d’autre — une intimité sans artifice, celle que Massive Attack viendra chercher douze ans plus tard.
Fil → Massive Attack, Protection (1994)Années 2000
Abida Parveen
Des ghazals soufis composés par Muzaffar Ali, portés par une voix immense. L’idole qu’Arooj Aftab, à vingt-cinq ans, est allée trouver dans sa chambre d’hôtel new-yorkaise — pour chanter avec elle.
Fil → Arooj Aftab, Diya Hai (2021)
Harry Gregson-Williams, Norihiko Hibino
La musique d’un jeu vidéo écrite comme une partition de film. Les cordes de l’ouverture deviendront, six ans plus tard, le halo qui flotte au-dessus d’Archangel.
Fil → Burial, Archangel (2007)
Max Richter
Le premier album de Max Richter. On y entend déjà, dans « Europe, After the Rain », le thème qui deviendra On the Nature of Daylight deux ans plus tard.
Fil → Max Richter, On the Nature of Daylight (2004)